Introduction En France, le traitement du cancer est principalement dominé par les plateaux techniques hospitaliers, mais ceux-ci sont saturés et jugés trop coûteux. Pour ces raisons, le décideur public souhaite développer des structures alternatives comme l’hospitalisation à domicile ou des structures de proximité (SP) telles que les maisons de santé pluridisciplinaires. L’analyse coût-bénéfice qui permet de prendre en compte les préférences des consommateurs à travers la méthode de l’évaluation contingente (recueil de leur Disposition à payer [DAP]) mais également le point de vue du décideur, nous a semblé particulièrement pertinente dans ce contexte. Objectif Étudier l’adéquation entre les politiques publiques de santé et les préférences de la population générale. Tester l’acceptabilité et la validité de la méthode de l’évaluation contingente (enquête de Disposition à payer) comme moyen d’obtenir les préférences en population générale afin de guider la décision publique. Méthodes Nous avons développé un outil d’information et d’aide à la décision informatisé qui contenait : l’information sur les trois options de prise en charge : hôpital, domicile, SP ; une enquête de mesure des préférences ; des questionnaires sociodémographiques et de recueil de l’expérience de soins ; une EC. Notre EC a été conduite sur un échantillon représentatif de la population Rhône-Alpine (n =800) via un site Internet sécurisé. Trois scénarios de prise en charge ont été développés, en étroite collaboration avec des cliniciens, allant d’une prise en charge curative à une prise en charge palliative. Pour chaque scénario, le répondant devait d’abord classer chaque option de prise en charge (hôpital, domicile, SP) de la plus préférée à la moins préférée, puis donner sa DAP pour son option préférée via une carte de paiement. Résultats Préférence pour chaque scénario : plus la prise en charge est lourde, plus la proportion de répondants préférant une prise en charge hospitalière augmentait. Pour le scénario le plus léger, le domicile était l’option préférée pour 46 % des répondants suivi par l’hôpital (35 %) et la structure de proximité (19 %). Pour le scénario palliatif, l’hôpital était l’option préférée (49 %), suivi du domicile (30 %) et de la SP (21 %). Évaluation contingente : le faible taux de réponses protestataires (inférieur à 8 % quel que soit le scénario), ainsi que d’outliers (un outlier par scénario au maximum) suggère une bonne acceptabilité de la méthode d’EC en population générale. La DAP moyenne tend à s’accroître avec la lourdeur de la prise en charge (pour le domicile : DAPS1domicile =15,7 €/par foyer par mois, DAPS2domicile =17,0 €, DAPS3domicile =19,1 € ; pour les structures de proximité : DAPS1SP =13,9 €, DAPS2SP =16,1 € DAPS3SP =17,6 €). Bien que cette augmentation semble modeste, les répondants restent sensibles à l’évolution des scénarios proposés (p <0,001), autant pour une prise en charge à domicile que dans une structure de proximité. De plus, l’analyse multivariée des DAP démontre une corrélation entre le revenu et la force des préférences. Cependant, nos résultats montrent que les DAP n’étaient pas corrélées à la perception du risque de cancer, ni au nombre de personnes composant le foyer. Conclusion L’acceptabilité et la validité de l’EC en population générale semblent être confirmées par le faible nombre de protestataires et d’outliers, ainsi que par la corrélation entre les DAP, le revenu et les préférences.